On peut être normalien, agrégé de philosophie, travailler à la Banque européenne de reconstruction et de développement et rester coi devant « les énigmes jésuitiques » du Code de la Route, mais surtout du « racket »organisé des les auto-écoles. Comme Gaspard Koenig, qui dénonce leur monopole dans son point de vue sur Les Echos.

Pour en finir avec le racket du permis de conduire

En appelant à la « démocratisation du permis de conduire », Jeannette Bougrab ne pouvait pas mieux remplir son rôle de secrétaire d’Etat à la Jeunesse. Car s’il y a bien une épreuve qui soude notre génération, par-delà toute distinction sociale, c’est le permis de conduire. D’autant que cette épreuve est aujourd’hui devenue une torture, longue, coûteuse, incertaine. L’infortuné candidat est d’emblée soumis aux énigmes jésuitiques des questions du Code de la route. Puis racketté sans merci par l’auto-école. Secoué comme un prunier dans des cabines de simulateur. Transbahuté d’aires de parking glauques en centres-villes embouteillés sur l’air de Rires et Chansons. Impitoyablement reconduit d’un examen annulé à l’autre pour cause de pluie, de grève ou d’arbitraire administratif. Et enfin – dans près de la moitié des cas -sèchement recalé pour avoir empiété sur une ligne de stop ou ne pas avoir regardé trente-sept fois l’angle mort. Tant pis mon grand, encore six mois d’attente et un petit chèque de 1.000 euros.

Je ne conteste pas qu’il faille apprendre à conduire, et que d’autres plus délurés s’y prennent sans doute mieux que moi. Mais, pour avoir finalement obtenu mon permis en Angleterre, je ne peux que constater, par contraste, les dysfonctionnements du système français, miroir d’un Etat nounou obsédé de réglementation et paralysé par les lobbies.

Pourtant, la voie de la réforme est évidente et parfaitement neutre pour les finances publiques : il suffit de lever les obstacles réglementaires qui empêchent les moniteurs de se mettre à leur compte. De l’autre côté de la Manche, l’instructeur est au service de l’élève, avec qui il noue un contrat individuel. Il vient le chercher à son domicile, lui dispense le nombre de leçons nécessaire, et prend la responsabilité de le présenter à l’examen. C’est deux fois moins cher, bien sûr, puisque l’intermédiaire (l’auto-école) a disparu et que les instructeurs se livrent entre eux la guerre des prix. C’est plus respectueux, puisque le candidat est traité en client plutôt qu’en conscrit. Et c’est plus efficace, puisque le candidat est suivi personnellement par un instructeur qui a intérêt à sa réussite.

Au contraire, en France, tout est fait pour préserver le monopole des auto-écoles. L’obligation de dispenser des cours de code, qui se résument en général à insérer des DVD dans la machine appropriée, n’est pas seulement humiliante pour les élèves, jugés incapables par le législateur d’apprendre par eux-mêmes un livret de 20 pages, mais empêche de fait les moniteurs qui voudraient établir leur propre affaire (sans locaux ni personnel) de proposer la formule « code et conduite ». Pis encore, leurs élèves ne pourraient pas s’inscrire à l’examen avant un temps d’attente démesuré, puisque les places sont aujourd’hui, dans la bonne tradition jacobine, centralisées par la préfecture et accordées directement aux auto-écoles, selon des règles de priorité pour le moins opaques.