Nous avons lu le papier de « M.P. » du JDD… qui avait lu le Courrier Picard – pour y apprendre une histoire heureusement peu ordinaire : un menuisier était interrogé par la police pour avoir reçu un SMS à première vue très inquiétant… Mais qui l’a transmis à la maréchaussée – sachant que le téléphone lui a été prêté par son opérateur ?
 

Garde à vue pour un SMS suspect

Drôle d’affaire téléphonique révélée par le Courrier Picard. Un menuisier d’Abbeville a passé 24 heures en garde à vue pour avoir reçu d’un de ses collègues un SMS jugé suspect par la justice, évoquant des sabotages de trains, mais qui se voulait une blague. L’opérateur du jeune homme, Bouygues Telecom, a lancé une enquête interne pour comprendre comment la justice a eu accès au message.
Une blague de mauvais goût prise trop au sérieux par la justice? Un menuisier de 28 ans a passé 24 heures en garde à vue dans un commissariat d’Abbeville, en raison d’un SMS « tendancieux ». Son tort? Avoir reçu sur son téléphone portable un texto d’un collègue, lui demandant: «Pour faire dérailler un train, t’as une solution? »… et ne pas avoir prévenu les autorités. Cette affaire remonte au 16 avril dernier mais Le Courrier Picard ne l’a révélée que dans son édition de lundi. Le jeune homme a été retenu pour «non dénonciation de crime».

Convoqué au commissariat pour donner des précisions sur le message, Stéphane entend parler «d’affaire criminelle, de terrorisme, et d’une garde à vue qui pourrait durer dix jours», raconte-t-il au quotidien local. «C’est totalement irréel. Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu», continue-t-il. Quant à la personne qui a envoyé ce message «une vague connaissance de travail», son domicile a été perquisitionné et elle a été entendue par la police. Stéphane, lui, est ressorti libre et aucune poursuite ne sera engagée contre lui. Comment un message privé à pu tomber entre les mains de la justice? C’est là que les points de vues divergent. Il faut d’abord préciser que le téléphone sur lequel Stéphane a reçu le message incriminé n’est pas le sien, mais celui prêté par son opérateur, Bouygues Telecom, le temps que le sien soit réparé. Il dit avoir récupéré son propre appareil le 15 avril, soit la veille de son placement en garde à vue.

Le procureur et Bouygues Telecom se contredisent

D’après Le Courrier Picard, ce texto «a fini sur le bureau du procureur, alerté par l’opérateur de téléphonie mobile». Et de citer le procureur d’Abbeville, Eric Fouard: «L’opérateur a le droit de consulter ces messages et le devoir d’alerter les autorités s’il estime qu’un crime ou un délit est susceptible d’être commis». Un argument que réfute totalement Bouygues Telecom, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête interne pour comprendre comment ce texto s’est retrouvé entre les mains de la justice. «Les opérateurs n’ont pas accès au contenu des SMS et ils ne sont pas autorisés à délivrer le contenu des SMS, sauf sur réquisition judiciaire», a assuré un porte-parole de l’opérateur.

Cette affaire intervient alors que la polémique est toujours aussi forte sur le dossier de Tarnac, dans lequel Julien Coupat est mis en examen et détenu dans le cadre de l’enquête anti-terroriste sur les sabotages de TGV. Selon certains, la justice ne dispose d’aucun élément probant contre le jeune homme, et la qualification d’«association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» ne correspond pas aux faits ; pour d’autres, la police a recueilli assez d’éléments contre Julien Coupat, à la tête d’un groupe de l’«ultra-gauche». «Cette actualité récente a certainement joué en sa défaveur», a d’ailleurs admis le procureur d’Abbeville, cité par le quotidien.atteint.