Article paru dans Le Parisien – le 22/03/2012

Alors que de nouvelles mises en examen ont été prononcées dans le scandale Apollonia, les victimes n’en ont pas fini avec cette escroquerie immobilière. Enquête.

Pendant l’affaire, les ventes continuent ! L’expression s’applique parfaitement à ce qui se passe actuellement avec la mise aux enchères de logements vendus à prix d’or quelques années plus tôt par le promoteur Apollonia. De Nevers à Clermont-Ferrand en passant par Annemasse, plusieurs dizaines de particuliers, pour la plupart des professions libérales, ne peuvent plus rembourser leurs prêts et sont contraints de vendre leurs appartements ou maisons, cette fois rachetés à un prix dérisoire par une filiale dépendant de la banque prêteuse.

Légales, ces saisies de logements suivies d’enchères constituent un nouveau scandale (lire ci-dessous) dans la plus vaste escroquerie immobilière de ces dernières années.
Ainsi, après avoir été abusées par un excès de confiance, les victimes du promoteur indélicat, dont certaines sont déjà en situation financière difficile, se voient encore plus dépossédées. Et n’hésitent plus à mettre en cause les banques. « Apollonia, c’est l’exemple même d’un dysfonctionnement massif des règles de contrôle des banques qui engendre des conséquences tragiques. Il y a même eu des suicides parmi les victimes, c’est très grave! » estime l’avocat de l’association de défense des victimes, Jacques Gobert.
« Les faux documents d’Apollonia sont tellement flagrants que la loi Scrivener (NDLR : qui protège le consommateur et oblige la banque qui accorde le crédit à respecter dix jours de réflexion avant la signature du contrat) a été violée des milliers de fois pendant dix ans, enchaîne le président de l’association des victimes, Claude Michel. Si les banques avaient fait leur travail, il n’y aurait pas eu d’affaire. » Certains responsables bancaires, parmi lesquels ceux de BNP Paribas Personal Finance et du Crédit immobilier de France, ont d’ailleurs reconnu ces manquements à la loi. Pour Claude Michel, ces pratiques découlaient même, dans certains cas, d’une « décision prise au niveau de la direction de la banque ».
Le président de l’association de défense des victimes a demandé à l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP, ex-Commission bancaire, chargée de surveiller les pratiques bancaires) de lui communiquer « les comptes rendus des contrôles opérés sur les groupes bancaires impliqués », près de 15 établissements dont le Crédit mutuel, BNP Paribas, le Crédit agricole ou le Crédit immobilier de France. Une demande toujours sans réponse. Sollicitée par notre journal, l’ACP est également restée silencieuse jusqu’à aujourd’hui. Quant aux banques interrogées, elles se disent soit « victimes » ou « abusées » par les documents falsifiés fournis par le promoteur Apollonia (BNP Paribas Personal Finance, Crédit agricole Nord de France), soit opposent un classique « pas de commentaire » dans le cas du Crédit immobilier de France. Ou bien encore, un assourdissant silence, pour ce qui concerne le Crédit mutuel. N’empêche, la juge d’instruction de Marseille, Catherine Lévy, qui doit encore entendre des banquiers, n’exclut pas leur mise en examen en tant que personne morale. Ce qui serait une première en matière judiciaire !