L’histoire se répète… et cette fois-ci en Aquitaine. Après les plaintes des usagers en Ile-de-France, ce sont près de 253 retards qui ont été enregistrés depuis le début d’année par une association d’usagers. Ce qui provoque, chez ces utilisateurs, une grande colère. Pierre Tillinac dans un article publié le 22 février dans « Sud-Ouest » raconte le quotidien de ces aquitains qui subissent, malgré eux, les retards fréquents des TER.

« Retards quotidiens : les ratés du TER aquitain »
Après la mise en cause de la SNCF par le Conseil régional, voyage avec les passagers du TER de 6 h 13 au départ d’Agen. Un train abonné au retard.

Hier, le TER en partance d’Agen à 6 h 13 n’avait que cinq minutes de retard en gare de Bordeaux. D’habitude, c’est plutôt quinze minutes, disent les usagers. (photo Émilie Drouinaud/« Sud Ouest »)
Sandrine habite à Tonneins (Lot-et-Garonne) et travaille à Pessac, dans l’agglomération bordelaise. Elle élève seule une petite fille de 3 ans. Tous les matins, elle prend le TER Agen-Bordeaux de 6 h 34 qui doit arriver à Bordeaux à 7 h 34. Elle monte ensuite dans le train qui part pour Arcachon à 7 h 41, descend en gare de Pessac à 7 h 46 et termine son voyage en tram et à pied. À 8 heures, elle est à son bureau.
Dans une vie calée sur les horaires SNCF, chaque minute a son importance. Dix minutes de retard, c’est tout un planning qui déraille. Si elle rate le 7 h 41, elle doit attendre le 8 h 11. Elle embauche alors à 8 h 30, avec une demi-heure de retard. « Avant le début de l’année, ça arrivait de temps en temps, peut-être une fois ou deux par semaine. Depuis le mois de janvier, c’est devenu systématique. »

À QUI LA FAUTE ?
La semaine dernière, Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, a dénoncé les retards sur le réseau TER. Pour la SNCF, ceux-ci sont principalement dus aux travaux, notamment sur la ligne Agen-Bordeaux, où la situation devrait redevenir normale à partir de la mi-mars. « Ces travaux étaient prévus et intégrés dans la grille d’horaires », rétorque Patrick Du Fau de Lamothe, conseiller régional chargé des TER. « Leur impact a été mal estimé. Mais l’essentiel des difficultés du moment ne vient pas de là. C’est un problème d’exploitation et, en plus, le taux de disponibilité du matériel diminue. »
« Je suis très en colère »
Pour essayer de faire oublier ses retards à répétition à son employeur, elle s’est résolue à reprendre sa voiture au moins une fois par semaine pour être sûre d’arriver à l’heure. « Mon budget transport a explosé. Je suis très en colère contre la SNCF », assure-t-elle d’une voix étrangement douce et en esquissant un vague sourire.
L’autre solution serait de partir plus tôt. « Beaucoup de personnes vont à Marmande prendre le 6 h 13, qui arrive à 7 h 29 à Bordeaux. Elles ont toutes les chances de ne pas rater la correspondance de 7 h 41. Sauf si le train d’Arcachon est purement et simplement supprimé, comme c’est arrivé la semaine dernière. »
Tonneins est le premier arrêt sur la ligne pour le TER qui quitte Agen à 6 h 13. Hier matin, comme presque tous les jours, le train attendu à 6 h 34 avait déjà dix minutes de retard en raison des travaux sur la voie entre les deux gares.
« Frein à l’embauche »
Dans les wagons, tout le monde se connaît. La plupart des voyageurs sont des habitués. Ils essayent de dormir encore un peu, ils lisent, ils tricotent, ils bavardent, indifférents aux premières lueurs du jour qui se lève. À chaque arrêt, les wagons, presque vides au départ, se remplissent : Marmande, La Réole, Langon, Cérons, Beautiran. Puis Bordeaux, enfin.
« Le matin, quand on arrive à l’heure, on se demande pourquoi », ironise Christelle, qui s’installe presque tous les jours avec trente ou quarante-cinq minutes de retard à son bureau à Bordeaux-Lac, de l’autre côté de la ville. « Si le train est en retard, les correspondances deviennent plus compliquées avec le tram et le bus. Il faut que je rattrape le temps perdu en fin de journée. Et il n’y a que deux TER pour rentrer : 17 h 20 et 19 h 34. Une fois ou deux par semaine, j’arrive chez moi vers 21 heures. Cela commence à peser. »
Surtout que les chefs et les collègues ne sont pas toujours compréhensifs. « On n’arrête pas de se prendre des réflexions du genre : ”Vous le faites exprès” ou “Pourquoi vous n’habitez pas Bordeaux, ce serait plus simple ?” » s’agace une femme, qui affirme tenir un tableau de tous les retards depuis le début de l’année.
Son voisin approuve sans réserve : « Tous ces retards ne sont pas bien perçus. C’est normal. On en est à se demander si ça ne deviendra pas un frein à l’embauche, parce que les patrons vont finir par hésiter à recruter quelqu’un qui habite un peu loin et utilise le train pour se rendre au travail.»
« Ça devient inacceptable. »
« Des fois, je me dis que ce n’est même pas la peine d’y aller », soupire une jeune fille montée en gare de Langon. Apprentie dans un centre de formation de Bordeaux, elle est rarement sur place à 8 h 30 quand les cours commencent. « Le pire, c’est quand il y a des travaux pratiques. Si on est en retard, on n’a pas le droit de rentrer dans la salle. » Dans le train, ceux qui habitent le plus loin de Bordeaux se lèvent tous les jours à 5 heures ou 5 h 30 et passent plus ou moins quatre heures dans les transports en commun, dont ils ont appris à connaître par cœur tous les horaires. « On peut très bien comprendre qu’il y ait des retards de temps en temps. Mais à ce point, ça devient inacceptable. Et quand on en parle à la SNCF, on nous dit : “Je vous comprends mais nous ne pouvons rien faire.” »
Les retards importants ne sont toutefois pas systématiques. Hier matin, le train annoncé en gare de Bordeaux à 7 h 34 est arrivé à 7 h 39. « Mais c’est souvent plutôt 7 h 55 », rectifie Françoise Leclerc, présidente de l’Association des usagers des transports publics du Sud-Gironde. « Le temps de retard moyen sur cette ligne, pour être gentille, on va l’évaluer à quinze minutes », soupire-t-elle.
Quinze minutes, c’était aussi le retard qu’affichait la veille dans le sens inverse le train en arrivant en gare d’Agen, un peu après 20 heures… Sauf que ce n’était pas un TER, mais un Intercités. » publié le 22 février 2012 dans Sud-Ouest.